Un voilier: Six semaines / Six hommes / Trois femmes (2)

written by Lou on février 28, 2014 in Australie and Voyages with 7 comments
Lors de mon séjour en Australie, j’ai eu la chance de participer à une traversée du Queensland en voile. J’étais accompagnée de jeunes européens, tous néophytes et c’est à Cairns (presque) tous ensemble que nous avons mis pied à terre, six semaines plus tard. Voici le compte-rendu de ma première journée.

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L’arrivée au port

J’avais rendez-vous sur le port de Manly le 19 avril à onze heures et j’avais terriblement peur d’être malade.
Au téléphone, le capitaine m’avait assuré qu’en vingt ans d’expérience il n’avait jamais rencontré personne dont le système de digestion ne s’adapte à la vie en mer. Bien sûr en ce qui me concerne il avait tort, mais sans doute suis-je une exception.

C’est Igor qui m’a accueillie, armé d’une brouette, les pieds nus et les cheveux en bataille, une clé autour du cou. Un bel homme, à qui je ne pouvais donner d’âge précis : il était à la fois jeune et impressionnant.
Il a ouvert la grille et j’ai pénétré dans l’espace réservé aux yachts. Spontanément, il m’a offert de porter ma valise et nous avons rejoint le capitaine, la soixantaine et la clope au bec.
Nous avons emprunté le pont en silence jusqu’à ce que le capitaine me désigne un bateau : « Ta nouvelle maison ! ».
Vallina voguait, calmement.
Une fois à sa hauteur, j’ai enjambé la corde qui retenait le voilier au port et j’ai glissé mon regard sur les quelques objets trônant sur la table en bois poli: des verres en plastique aux reflets bleutés, une pipe, du vieux tabac, de fines feuilles à rouler, des crackers, une paire de lunettes et une tablette Apple. J’ai levé les yeux et j’ai vu qu’une femme y était attablée. Sans quitter son verre de vin, elle m’a saluée. C’était Janine, une Aussie d’une quarantaine d’années à l’aspect rude et au caractère tranché. Elle m’avait tout juste précédée. Quatre autres jeunes garçons étaient installés à l’avant du voilier, une fumée les enveloppant. J’ai immédiatement reconnu l’odeur caractéristique de l’herbe.

Je leur ai fait un signe de tête et je suis descendue dans le carré. Il y faisait sombre et une bibliothèque recouvrait tout un pan du mur. Des livres de toutes les langues s’empilaient sur les planches : anglais, bien sûr, mais aussi français, italien, suédois, japonais…
À leurs côtés, des photographies. Des hommes et des femmes nus, les fesses face à l’objectif, Vallina écrit sur leurs culs à la chaîne. Dans un coin, une toile abstraite semblait se demander la raison de sa présence dans un lieu si désuet. Un carré bleu sur fond blanc. Une pâle copie d’une œuvre moderne ; des lignes en zigzags lui ajoutant un côté rebelle.

Igor

Igor m’a fait faire le tour du propriétaire et m’a montré ma couchette, que je devais partager avec une autre fille.
Péniblement, il a porté ma valise jusqu’à ma chambre.
« Lou, à quoi cela te sert-t-il ? ». D’un air perplexe, il soulevait de ses bras tendus mon sac vermillon.
Inutile de vous dire que j’ai surpassé la couleur du tissu : le rouge m’est monté aux joues.
« - Je ne suis pas venue ici pour vivre sur ce bateau, Igor. J’avais prévu de vivre à Sydney, mais j’aime trop l’aventure. Si tu cherches bien, tu trouveras une paire de chaussures de danse, un ordinateur et l’ensemble complet de la parfaite petite serveuse.
Un sourire énigmatique a traversé son visage et j’ai cru percevoir un haussement d’épaules.
- Mouais, enchérit-t-il. Ton sac est trop large pour le coffre sous ton lit.
- Oui, le capitaine est prévenu, lui ai-je répondu. Je lui en ai parlé avant d’embarquer. Ne t’inquiète pas pour moi, je me débrouillerai. »

J’ai alors entrepris de préparer un casse-croûte. J’ai aiguisé le couteau, sorti du réfrigérateur tout ce qu’il contenait de frais et je me suis mise au travail. J’ai tranché les légumes, coupé le pain et sorti les assiettes.
Les tomates, en enfilade, tels de braves soldats vêtus de rouge pour effrayer leurs adversaires étaient prêtes à agrémenter les tristes ingrédients en conserve lorsqu’un rire m’a surpris : pendant ce temps, les quatre Suédois s’étaient installés à la table du cockpit et plaisantaient.

Mes équipiers mâles étaient arrivés la veille, sauf Igor qui avait élu domicile sur le bateau une semaine plus tôt et avait aussitôt affirmé son leadership. Les Suédois n’avaient pas vu l’intérêt de remettre en cause son caractère dominant. Ce n’est qu’à mon arrivée qu’Igor s’est vu défié.

Les hommes

J’ai versé une cuillerée à poudre pour chacun et mis l’eau à bouillir ; préparé le sucre et le lait ; patienté. J’ai déposé les tasses au centre et j’ai dispersé les sandwichs au thon alentour. Lorsque le sifflement de la bouilloire a retenti, j’ai ajouté l’eau fumante sur le café, puis j’ai gravi les escaliers munie de mon lourd plateau.
Lorsqu’il m’a aperçue, le plus extraverti des quatre m’a adressé un large sourire et a tendu les mains pour attraper son breuvage. « Tak ! »
Une tache verte ornait ses gencives : une brindille d’herbe s’y était logée.
J’ai ri et je me suis présentée.
« Lou, enchantée ! »
« Simon ! Et voici Andreas, Markus et Frederik. »

Quelques heures plus tard, Nathalie, la Suissesse, nous a rejoint.

Au petit matin, nous avions tous appris à nous connaître — les quatre Suédois, Simon, Andreas, Fredrik et Markus ; Nathalie, la Suissesse ; Igor, le Russe-Allemand ; Janine, l’Aussie et le capitaine.
Nous ne partirions que le surlendemain. Question de superstition.
On ne démarre pas une traversée en bateau un vendredi, me dit le capitaine.
Bon, il paraît aussi que les femmes ne sont pas acceptées à bord, hormis totalement dénudées. Heureusement, notre capitaine a pu un tant soit peu mettre de l’eau dans son vin bon marché.

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Une équipe

Simon était grand et svelte, presque maigre. Son dos était légèrement courbé, comme l’est celui des jeunes gens qui ont grandi trop vite. Il avait toujours dans sa poche une carte plastifiée. Sur la carte, se trouvaient des illustrations de poissons de toutes les couleurs — allant du rouge au vert, en passant par le doré — accompagnés d’une note : une étoile pour satisfaisant, quatre pour délicieux. Simon aimait beaucoup pêcher. Il était spontané, drôle et joyeux. Malgré ses airs efféminés, il était aussi le plus apprécié de ses compagnons.
J’ai aimé le sourire de Simon, ses yeux pétillants. Sa gentillesse, ses idées loufoques. Sa façon de chanter et de danser.

Andreas avait un physique opposé à celui de Simon : petit et solide. C’était le plus intellectuel de la bande. Le plus tolérant aussi. Il aimait masser les pieds et tracer des graffitis éphémères au bic sur ma peau. J’ai aimé son écoute, sa compréhension et sa chaleur.

Frederik était timide malgré ses larges muscles et ses tatouages, et m’observait subrepticement. J’ai aimé son sex-appeal et sa force tranquille ; ses nombreux projets, son petit carnet et sa discrétion.

Quant à Markus, c’est bien simple, il ne parlait pas. Il criait, parfois, en suédois. Il partageait son temps entre les joints et le bronzage. Il venait du sud du pays, et ses amis le taquinaient en le traitant de Danois ; un synonyme pour paysan.

J’ai aimé l’intelligence d’Igor, sa sensibilité. Son désir de grandir, de comprendre, de s’améliorer. Son obstination. Et tous ses compliments.

J’ai aimé la patience de Janine, sa serviabilité, son charisme. Son dynamisme, sa capacité à accepter les évènements tels qu’ils sont. Et sa cuisine.

J’ai aimé la féminité de Nathalie, sa particularité à ne jamais être en colère, à prendre les choses à la légère. Nos discussions le soir avant de dormir. Notre solidarité lorsqu’il s’agissait de nous faire respecter par ces cinq jeunes hommes. Et même nos petits moments de compétition, que j’ai trouvés sains et revigorants.

Et le capitaine, lui, chaque soir, fumait sa pipe d’herbe et buvait son verre de rhum.

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Un voilier

Vivre à bord d’un bateau, c’est apprendre à vivre en milieu réduit avec un minimum de commodité mais surtout, tous ensemble.
Si vous ne vous sentez pas l’âme sociale, mieux vaut éviter de cohabiter avec huit autres personnes dans si peu d’espace. Dormir, manger, se doucher, rien ne se fait sans l’autre.
Même notre équipier le moins grégaire s’est vu métamorphosé à la fin de notre séjour.
Un bateau, ça vous transforme un homme (ou une femme).
J’ai énormément appris sur moi lors de cette traversée. Je me suis liée d’amitié avec des jeunes hommes et femmes d’une dizaine d’années de moins.
Ça m’a donné confiance. En tant qu’amie, grande sœur ; en tant que femme. J’ai pu être à la fois vulnérable et forte, drôle et sérieuse, en colère et pleine de compassion. J’ai pu observer que je plaisais toujours. Être entièrement moi-même et me voir acceptée.

Six semaines dans un voilier de 15 mètres à partager entre neuf personnes, c’est beaucoup et à la fois trop peu.
Il y a eu des rapprochements et des éloignements renouvelés, des tensions mais aussi des révélations, des rires et de la tendresse.
Quand est venu le moment de se séparer, tout le monde s’est retrouvé dans les bras l’un de l’autre à regretter les conflits passés.

Un esprit étoilé

Et ce soir, c’est une part de merlan qui me régalera, installée sur un vieux coussin, moelleux à souhait, orné de poissons, le bleu des vagues et du ciel en tête, et des tomates, en enfilade, tels de braves soldats rouges prêts à braver la tempête en accompagnement.

Pssttt… Cet article est divisé en deux parties. Si tu es curieux, jette un oeil à Vallina.

 

A propos de l’auteur

Je suis Lou, une femme qui ne veut plus de sa tête mais de son corps tout entier. Et ce journal a pour mission de réhabiliter la féminité et l’érotisme dans ma vie, et la tienne. Si tu as aimé cet article, tu adoreras recevoir ma newsletter directement dans ta boîte mail. Inscris-toi vite et reçois un tout nouveau corps sexy, prêt à l’emploi!