Madrid, te souviens-tu de moi?

written by Lou on mars 29, 2014 in Espagne and Voyages with 2 comments

C’était une vaste chambre claire ; une chambre double mais simple: deux lits en fer se contemplaient face à la fenêtre et deux armoires aussi hautes que le plafond se trouvaient de chaque côté de la porte battante qui faisait office d’entrée. Au fond de la pièce, un pentagone de vitres — reliques d’une véranda — et une chaise en bois, sans accoudoirs.

Je suis arrivée dix jours avant Noël, une valise de 15 kilos à bout de bras et un dictionnaire espagnol-français en poche. J’étais seule dans la chambre, aucune colocataire à qui me confier. Je me suis assise sur le lit vieillot et j’ai pleuré. Quelques heures plus tôt, ma timidité m’avait joué des tours : en visitant l’école, j’avais rencontré un Brésilien et une Hollandaise et bégayé dans un anglais approximatif des phrases anodines. Cela suffit pour éveiller en moi un relent de honte, sorti de nulle part, aujourd’hui je peux le dire.

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Je n’ai pas eu le courage de déplier les vêtements, roulés en boule à la hâte, la veille du départ. J’ai sorti un livre et je me suis approchée de la chaise en bois ; l’assise de paille s’émaciait çà et là. J’ai tapoté la surface poussiéreuse et je suis restée un long moment à observer les particules danser, jusqu’à ce qu’un mélange de lueur vive et d’odeur de poudre brûlée me fasse éternuer. Je me suis installée. Malgré la vétusté du siège, la place était confortable ainsi réchauffée par les doux rayons du soleil d’hiver ; le ciel est splendide en décembre à Madrid.

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C’est là, sur ces pieds vacillants que, jour après jour, j’ai pris la forme d’un être indépendant en m’exposant à l’incandescence madrilène. Aujourd’hui, cela fait dix ans que je suis revenue. Dix ans que je ne me suis plus frottée aux vibrations de la capitale espagnole. Et dans dix jours, son énergie coulera à nouveau dans mes veines.